Épisode 4 : 10 juin 1931 – 22 juillet 1931

 

Vallée de Bamiyan : grand bouddha. © CITROËN COMMUNICATION
Vallée de Bamiyan : grand bouddha.
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Pour clore le voyage en Afghanistan, le groupe Pamir traverse la vallée de Bamiyan pour y admirer les grands bouddhas, hélas détruits en 2001. S’ensuit une dernière rencontre diplomatique avec le roi Mohammad Nadir Shah et son frère, alors premier ministre. Nous sommes le 17 juin 1931. Le roi sera assassiné deux ans plus tard. Puis arrivent Dakka et la frontière indo-afghane. La température, en Inde, avoisine les 45° C.

À Landi Kotal, les Pamir sont accueillis en musique par un régiment de Gordon Highlanders en manœuvre. « Je ne me doutais pas qu’une fois encore, l’antagonisme Orient-Occident me serait donné par une nouvelle image sensible. Et puis ce son de cornemuses. À la fois triste et joyeux, plaintif et allègre. Tous les vieux airs d’Écosse sont joués là, sous ce ciel des Indes cruel et éblouissant. Et ces hommes retrouvent peut-être le brouillard de leurs vertes campagnes dans la buée livide des escarpements de la Khaiber ».

Traversée de l’Inde : accueil du groupe Pamir par un régiment de Gordon Highlanders à Landi Kotal. © CITROËN COMMUNICATION
Traversée de l’Inde : accueil du groupe Pamir par un régiment de Gordon Highlanders à Landi Kotal.
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La vie en Inde, à cette époque, est rude pour un Occidental. Certains quartiers sont de véritables coupe-gorge : « Un Européen peut s’y promener 99 fois sans incident, et être assassiné la centième ». Les crimes sont quarante fois plus répandus qu’à Paris : « On s’assassine pour un puits ou un canal d’irrigation ».

Mais, l’épreuve la plus redoutée est la traversée du massif du Pamir (Himalaya). Dans cette région, où les chameaux et les ânes ont laissé place aux bœufs à bosse et aux buffles, où coexistent les forêts de pins et les rizières, les routes sont périlleuses : « En admettant […] que la route ait juste la largeur suffisante pour le passage d’une voiture, il faut compter avec le sang-froid du pilote. S’il s’engage dans un virage qui lui révèle un à-pic inattendu de 4 000 pieds, aura-t-il le sang-froid nécessaire ? Un dixième de tour de volant à gauche ou à droite et c’est la chute dans l’abîme ». Malgré tout, Le Fèvre reste optimiste : « La seule chose à retenir, c’est que si nous pouvons passer deux voitures, le succès serait considérable ».

 

Traversée de l’Inde : paysage montagneux. © CITROËN COMMUNICATION
Traversée de l’Inde : paysage montagneux.
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Si les aventuriers appréhendent le franchissement des chaînes de l’Himalaya, celles-ci sont encore loin. Le Fèvre et ses compagnons se trouvent à Srinagar, ville « bâtie sur le Jhallum […] dont nous avons suivi le cours depuis Rawal-Pindi. La rivière fait de nombreux méandres qui encerclent la ville. Des canaux rejoignent entre elles les boucles du fleuve. C’est dans ces canaux que sont parqués les house-boats ». Magnifique Venise indienne, où circulent d’étonnantes histoires. « […] monsieur Lattière me raconte quelques histoires sur le Maharadjah de Kashmire. L’État indépendant s’appelle Jammou et Kashmir. Jammou étant la capitale d’hiver et Srinagar la capitale d’été. Les Anglais ont donné le Kashmir au Maharadjah en récompense de sa fidélité ; mais ils regrettent à présent leur geste ».

Srinagar : le fleuve Jhallum. © CITROËN COMMUNICATION
Srinagar : le fleuve Jhallum.
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Le Maharadjah Hari Singh est décrit comme un personnage atypique. Bien qu’il soit richissime, il dépense tellement qu’il est obligé de puiser dans la caisse de l’État pour subvenir à ses besoins… ou à ses caprices. « 80 autos. Chaque voiture nouvelle l’intéresse et il la fait entrer dans sa collection comme s’il s’agissait d’un timbre ». Un homme moderne, à qui l’on reproche son absence d’intérêt pour les traditions.

Le Fèvre s’amuse de la liberté que peuvent avoir certains animaux dans le pays : « un bœuf entre paisiblement dans une fruiterie et mange toutes les salades qu’il rencontre sans qu’on ose l’interrompre dans son repas. Animal sacré ». Le répit est néanmoins de courte durée. L’angoisse de la traversée des montagnes du massif du Pamir refait surface. Georges-Marie Haardt prépare le départ : les Pamir seront séparés en trois groupes, qui partiront à une semaine d’intervalle. On utilisera des coolies (porteurs) et des poneys pour transporter les bagages, afin d’alléger les véhicules au maximum. « La principale difficulté réside dans l’étroitesse des pistes. Il existe quelque part un passage qui n’a que 4 pieds de largeur (1m42) alors que les deux voitures qu’on veut faire passer ont un empattement de 1m60 ».

Maynard Owen Williams, journaliste-photographe au National Geographic. © CITROËN COMMUNICATION
Maynard Owen Williams, journaliste-photographe au National Geographic.
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Georges Le Fèvre est dans le troisième groupe, ce qui ne l’enchante guère. Il se retrouve séparé de son ami et collègue, l’américain Maynard Owen Williams. Ce dernier fut l’un des rares journalistes à avoir été présent lors de l’ouverture, en 1922, de la tombe de Toutankhamon. Le Fèvre est également séparé des véhicules, ce qui lui laisse un goût amer. Il ne peut que s’imaginer leur parcours. L’attente pour le départ est longue. Depuis Beyrouth, l’expédition a déjà parcouru 5 543 kilomètres. Les voitures, pour l’instant, supportent très bien le voyage.

Cet épisode s’achève sur les conflits politiques, auxquels les deux groupes sont confrontés. Les Pamir restés à Srinagar assistent, le 13 juin 1931, à de sanglantes émeutes. Les morts et les blessés, partisans et ennemis du Maharadja, sont très nombreux. Quant au groupe Chine, sa progression est freinée par des révoltes. L’équipage de Victor Point a traversé des régions en guerre. Heureusement, il reste le télégramme, curieux héros de cette expédition, comme nous le verrons par la suite.

 

Franchissement du col de Burzil. © CITROËN COMMUNICATION
Franchissement du col de Burzil.
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« DUBREUIL DEUX GROUPE DEUX ARRIVE ASTOR VINGTUN APRES PARCOURS QUATREVINGT KILOMETRES STOP COL BURZIL FRANCHI DANS NEIGE ATTEIGNANT PARFOIS QUATRE METRES ET APRES PLUSIEURS MILES ROUTE GLACEE DEVERS FLANC PRECIPICE MULETS ONT NEIGE POITRAIL STOP PHOTOGRAPHIE ET FILM RENDRONT COMPTE CES DIX HEURES TRAVAIL ININTERROMPU A PLUS QUATRE MILLE METRES STOP ETAPES SUIVANTES COMPLIQUEES PAR PASSAGES PONTS DIFFICILES ET EFFONDREMENTS ROUTE CORNICHE STOP HAARDT FAIT CHEVAL RECONNAISSANCE ROUTE BUNJI DECIDERA RETOUR AMITIES GOERGER ».

Nous sommes le 22 juillet 1931.

 

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