Épisode 11 : 1er février 1932 – 12 février 1932

 

Une lamaserie. © CITROËN COMMUNICATION
Une lamaserie.
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L’expédition poursuit sa route en direction de la Mongolie et arrive au point de rendez-vous sans encombre. Les voyageurs y retrouvent les affaires laissées par le groupe Chine à l’aller. Tout est en excellent état. Ils profitent du court instant qu’ils ont pour visiter une lamaserie.

Chercheurs et scientifiques déplorent néanmoins cette insuffisance de temps : là où il faudrait rester une semaine, ils y passent à peine une heure. Certains en profitent alors pour rappeler quelques objectifs de l’expédition :

«  SAUVAGE : Vous parlez de photographies… kodak… déclic… non, ce n’est pas cela… nous sommes pas des photographes, nous sommes des artistes, de grands artistes… M. Williams est un grand artiste américain qui veut traduire, expliquer la beauté de leur vie au monde entier… ».

Malgré la proximité géographique, la Mongolie est très différente de la Chine. Le pays est plus coloré, plus impressionnant aussi. Le domaine du Prince Hsi Ssu Ming émerveille les Occidentaux.

« Pour nous (premier groupe) qui arrivons vers minuit et demie, l’impression de ces soldats mongols en armes dans leurs longs manteaux de mouton gris, coiffés du bonnet jaune pointu, de ce chambellan aux traits fins, à la longue robe bleue, au poignard passé à la ceinture, aux ornements d’argent fin et de corail, de ce palais de brique grise, aux degrés tapissés de feutre blanc, de ces cours intérieures, de ces portes chinoises gardées par des monstres de pierre, tout cela est hallucinant. Je crois rêver. Un son de trompe thibétaine tiré d’une sorte d’oliphant, à la note très grave, très basse, écrasante d’ampleur et de majesté ».

Georges Specht, opérateur de cinéma. © CITROËN COMMUNICATION
Georges Specht, opérateur de cinéma.
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Même ravissement le 6 février, au cours des célébrations du nouvel an. Ici encore, les tenues sont exceptionnelles. Les Mongols, sortis de l’isolement de leurs steppes herbues, sont venus de très loin pour se congratuler les uns les autres. Ils le font en s’inclinant, échangeant leurs tabatières. Le Prince fait son entrée. Impression de se retrouver à la cour de Pékin, à la fin du XIXème siècle. Le spectacle est des plus luxueux. Il est impossible cependant de photographier le Prince, du moins au-delà du sol…

« Specht voudrait monter sur un toit pour prendre une photo d’ensemble. On lui dit que c’est impossible.

• Pourquoi ?

• Parce que sa position sur le toit le placerait dans un endroit plus élevé que celui du ‘Buddha Vivant’ et que cela est contraire aux rites ».

La Croisière Jaune se rend, le 7 février, à Kalgan. Le lendemain, moment de repos et de rédaction (articles, courriers personnels). L’équipage espère arriver le 12 à Pékin, et en repartir le 25 par cargo japonais pour se rendre à Hong-Kong. En raison des bombardements de Shanghai et de Nankin, la croisière sur le Yang-Tse est ajournée. Le voyage semble à la fois encore long et paradoxalement proche de son terme. L’expédition a débuté il y a maintenant onze mois.

« Encore 230 km et nous touchons au but ».

« Vers 4 heures après avoir gravi les escarpements (les derniers qui nous séparent encore de Pékin) nous apercevons, suivant le profil des crêtes une ligne maçonnée : la Grande Muraille. Bien que nous ayons déjà vu plusieurs grandes murailles depuis Soutchow, celle-ci est indiscutablement la plus majestueuse et à nos yeux la plus symbolique […] Lorsque les sept autochenilles passent l’une après l’autre sous la poterne massive, nous apparaît enfin le but réalisé. C’est une récompense attendue depuis des mois et dont sonne enfin l’heure ».

Vue de la Grande Muraille depuis les montagnes. © CITROËN COMMUNICATION
Vue de la Grande Muraille depuis les montagnes.
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Les aventuriers sont arrivés sains et saufs ; ils ont échappé à tous les dangers humains. Mais leurs prières ont-elles été réellement entendues ? Car la route, elle, demeure menaçante. Droit devant eux : dix-sept kilomètres de pierraille difficiles à franchir. Deux bandes éclatent. Arrivée à 23h30 au ‘Railway Hotel’ de Nankow, pour un repos bien mérité.

Le 11 février, l’expédition loge chez des missionnaires français. La nourriture, le vin, les draps ; dormir dans un véritable lit avec un sommier métallique, tout cela rend les voyageurs heureux.

« Nous avons la joie un peu barbouillée des gosses à la veille des étrennes. Nos étrennes, ne sont-elles pas l’entrée à Pékin ? ».

Comme prévu, celle-ci a lieu le 12 février. C’est avec dignité et élégance vestimentaire que les membres de l’expédition traversent la banlieue de la grande ville.

Vue de Pékin. © CITROËN COMMUNICATION
Vue de Pékin.
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« Restaurants en plein vent ; enseignes et chiffons flottants. Pousses. Un porteur d’eau pousse sa brouette dont les montants sont couverts de glace. Des ânes. Des cyclistes en chapeau mou avec d’énormes lunettes […] Des pins parasols […] Au km. II nous sommes salués par des boy scouts qui agitent des drapeaux français. Des autobus passent, bondés […] Nous tournons à droite et pénétrons dans le quartier des légations ‘Diplomatie Quarter’. Emotion qui gonfle nos cœurs.

Encore un détour sur la droite. Des gens nous regardent intensément […] Le porche important de la Légation de France. En pierre massive. Et soudain… des braves petits gars de la Coloniale en double haie, présentant les armes, le regard fixe, raidis par l’émotion. Comme nos cœurs battent… La récompense. L’aboutissement…

Les voitures s’arrêtent l’une après l’autre devant le perron sur lequel se presse une foule attentive. Mme Wilden, les Lagarde, le Cdt Fieschi, attaché de l’air, tout la colonie française, anglaise, américaine, italienne, européenne. Cocktails. Bruissement des conversations. Discours de bienvenue de Lagarde. Réponse de Georges-Marie Haardt. Nous tombons tous de fatigue. Nous ne pensons qu’à la chambre de l’hôtel, à la salle de bain.

Il en est ainsi. La vérité dépasse les plus belles formules. Ce voyage, nous le portons dans nos cœurs avec ses vicissitudes et ses belles heures. Il n’est personne qui puisse nous le rendre plus sensible que nous-mêmes ».

 

L’Aventure Peugeot Citroën DS réunit au sein d’une même association les entités classiques des trois marques automobiles du Groupe PSA, l’Aventure Peugeot, Citroën Héritage et DS Héritage, et deux entités patrimoniales, la Caapy et les Archives de Terre Blanche.

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