Épisode 12 : 13 février 1932 – 18 mars 1932

 

Pousse-pousse passant à côté d’autochenilles. © CITROËN COMMUNICATION
Pousse-pousse passant à côté d’autochenilles.
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Après cette arrivée exceptionnelle, les membres de l’expédition se reposent quelques jours à Pékin. C’est l’occasion pour eux d’approfondir leur connaissance de la Chine, en attendant de reprendre la route vers l’Occident, vers l’Europe.

Opéra chinois à Pékin. © CITROËN COMMUNICATION
Opéra chinois à Pékin.
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Iacovleff, Sauvage et Le Fèvre assistent à plusieurs représentations de Mei-Lang-Fang, l’un des plus grands acteurs chinois de l’histoire. Magnifiques pièces de théâtre. Mais, une menace rôde : le Japon est entré en guerre contre la Chine à Shanghai… Un combat qu’esquissera deux ans plus tard Hergé dans Le Lotus bleu.

Chacun analyse ses trouvailles, fait des observations géologiques et paléontologiques. Les réceptions et les galas se succèdent. Après tant de montagnes et de déserts traversés, l’équipage s’y sent perdu. Brutal retour à la vie citadine. Échos de France, où l’on craint la guerre. Le front Est se renforce. Hélas ! Que cette initiative fut vaine ! Certains, en Chine, pensent que la seconde guerre mondiale débutera par un conflit américano-japonais.

Les rendez-vous mondains se multiplient. Tous les « Occidentaux exportés » veulent rencontrer les membres de l’expédition. Cependant, les esprits ne sont pas à la fête. Tous se demandent s’il y aura un conflit sino-japonais. On appelle cela ‘les événements de Shanghai’. Le Fèvre croise, en retournant à son hôtel, un enterrement. Un orphelin qui pleure la mort de ses parents. Tout le monde est vêtu d’un blanc pur, éclatant. Symbole funeste, annonciateur d’un malheur imminent, ou simple hasard ?

« Nous partons à 4 heures 35. Bagages. Regrets de quitter si vite une ville si attachante. A la gare et sur le quai, la plupart de ceux qui nous ont reçus si aimablement ici : Bardac, Lagarde, Raphaël, Dubosc… […] On démarre. Chapeaux. Presque des mouchoirs. Et nous voici dans un compartiment de chemin de fer, avec un boy qui nous apporte du thé ; avec les fils télégraphiques qui montent et descendent sur un fond de paysage plat, jaunâtre, insignifiant, et même pas désertique ».

Triste constat de Georges Le Fèvre :

« Nous sommes réellement redevenus des touristes ».

Ils arrivent à l’Astor, où ils apprennent que Georges-Marie Haardt, fortement grippé, est resté dans sa chambre. Point, lui, est allé voir à Tongkou les navires chargés de l’embarquement de l’expédition.

« Un méchant bateau, paraît-il, et huit par cabine. Pleurs et grincements de dents. Williams a raté le départ. Il pensait qu’on viendrait le chercher ».

Georges-Marie Haardt convie l’ensemble de l’équipage à un dîner d’adieu à l’Astor. Le lendemain, le Père Teilhard quittera la Croisière. Les « Occidentaux exportés » sont là et agissent en touristes, au grand agacement de Georges Le Fèvre.

« La mère de Martel est assourdissante. Elle jouit de notre émotion qu’elle goûte comme du vieux marc, la lèvre pendante et les yeux quémandeurs.

– Cette table fleurie comme pour un mariage, dit le Père Teilhard, consacre pourtant une séparation. Si j’ai eu parfois au cours de ces journées des mouvements de mauvaise humeur, je m’en excuse. Il me reste le souvenir d’une très belle et d’une très grande chose Monsieur Haardt et que nous vous devons tous ».

Après le repas, ils sont conviés au Country Club. Georges-Marie Haardt, malgré sa fatigue, ne peut refuser cette invitation de l’ambassadrice. Tous les membres de la Croisière Jaune le suivent.

Pousse-pousse. © CITROËN COMMUNICATION
Pousse-pousse.
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Le 28 février, Georges Le Fèvre embarque à Tsien-Tsin. Hackin est déjà parti pour le Japon avec sa femme. L’arrivée à Shanghai a lieu le 3 mars. La présence japonaise se remarque avant même d’avoir accosté. A la zone de lutte maritime, succède celle des champs de bataille. Bien que la Croisière Jaune soit terminée, l’aventure continue ! Mais les Français n’ont plus qu’un seul rôle, celui d’observateurs, de simples ‘touristes’.

Le 6 mars, un déjeuner est organisé au Cathay avec Londres, Henry Barde et Viollis.

« Amusant d’ailleurs, et animé. Les photos de Williams font une grosse impression, d’autant plus intéressante à noter que ces professionnels du journalisme en ont vu pas mal dans leur vie ».

Plus tard, Le Fèvre et Williams auront cette conversation amusante :

« Williams, j’ai compris en regardant ces photographies, la différence qu’il y a entre le travail d’un amateur et le travail d’un professionnel…

• Mais je ne suis pas professionnel de photographie ; je suis un écrivain » !

Le 9 mars, le groupe embarque sur un nouveau navire, le « Président Jefferson ». La route est triste, funeste. Sombre présage. Arrivée à Hong-Kong le 11 mars et à Haïphong le 14 mars.

 

Hanoï : cérémonie officielle. © CITROËN COMMUNICATION
Hanoï : cérémonie officielle.
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« Mercredi 16 mars

Nous partons tout à l’heure pour Hanoï. Je peste contre le temps qu’on perd à défaire et à refaire ses malles. Ce voyage tourne, je le pressentais, au vulgaire tourisme.

Des éclats de voix joyeuses devant la porte de l’hôtel. C’est le groupe des retardataires qui arrive. Sauvage, le docteur, tout le monde…

Nous devons nous rendre à 10 heures aux docks où doit avoir lieu une réception à la Municipalité.

Sauvage et moi, en pousses. Les voitures sont rangées. On va partir.

• Où est Dubreuil ?

• Il était là, il demande qu’on l’attende. On lui a demandé de venir à l’hôtel. Un coup de téléphone…

Nous attendons là, devant ces vieilles chenilles retrouvées. Allées et venues. Puis j’aperçois Point. Il est pâle.

• Alors, on part ? Et Audouin ?

Il me répond très vite à voix basse, et avec un air d’enfant bougon :

• Ah… quelle nouvelle ! Monsieur Haardt est mort. »

Foudroyé par une pneumonie double. La nouvelle abasourdit tous les membres de l’expédition. Ils se refusent à y croire.

« Malade, voulez-vous dire… gravement malade… mais mort… décédé… ce n’est pas vrai… c’est grotesque… c’est un non-sens ! »

Finalement, Audouin reprend :

« Messieurs… je viens d’apprendre à l’instant une affreuse nouvelle. Monsieur Haardt, notre chef, mon vieux camarade, est décédé cette nuit à Hongkong, des suites d’une pneumonie double.

Nous avons tous le même regard absent. Evidemment, nous ne réalisons pas encore. Nous ne réalisons pas que cette mort est une perte très grande, la fin réelle de l’expédition, le…

Il y a comme un grand trou vide autour de nous. Et à ce moment-là Haardt n’a jamais été plus vivant qu’au milieu de nous tous. L’incarnation d’un regret, d’un effort, d’une sorte de volonté surtendue, avec ses faiblesses, certes, et ses insuffisances […]

L’expédition apprend la mort de son chef Georges-Marie Haardt à Haïphong. © CITROËN COMMUNICATION
L’expédition apprend la mort de son chef Georges-Marie Haardt à Haïphong.
© CITROËN COMMUNICATION

AUDOUIN : Il faut tout de même aller à la Municipalité… Ces gens se sont dérangés. On ne peut pas les laisser là, plantés devant la grille. Naturellement rien… Un serrement de main…

POINT : Messieurs, aux voitures… ».

« Haardt […] meurt dans une sorte d’apothéose de son rêve réalisé. Vainqueur. Il meurt vainqueur. C’est quelque chose. Il nous faut raconter la légende ».

Le 18 mars 1932, André Citroën demande à l’ensemble des membres de l’expédition de rentrer. Par respect pour sa mémoire, l’œuvre de Haardt ne sera pas prolongée au-delà des frontières chinoises.

 

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